Samedi 07 Juin
Saint-Martin, Baie de Grand Case
Trop dur de dire au revoir aux Antilles
Nous nous offrons tout d’abord un bon restau à Marigot avant de prendre la
mer : Entrecôte, rognons de veau, côte d’agneau…curieusement personne ne
prend de poisson. Puis, nous décidons de faire une nav beaucoup plus courte
que prévue (4 petits milles). Nous nous arrêtons ainsi dans la baie de Grand
Case pour profiter une dernière fois de la douceur des soirées antillaises,
d’un apéro palabre trop plein d’éclats de rire et de joie, d’un bain
nocturne au clair de lune, bref d’une soirée telle que nous en avons vécues à de nombreuses reprises et que nous aimons tant.
La palabre de ce soir est donc animée. Nous nous accordons sur le rythme des
quarts. Ce sera Alex et Max ensemble de 08H00 à 10H00, puis Jacques de 10H00 à 01H00, moi de 01H00 à 04H00, Cath de 04H00 à 07H00 rejointe par Seb de
05H00 à 08H00. On va partir comme cela et adapter si besoin. Nous entérinons
ensuite un concours de pronostics pour l’euro 2008. Le vainqueur aura un
cadeau de chacun des participants : Alex préparera un repas du choix du vainqueur, Seb fera un récital de guitare, Max un de clarinette, Jacques
organisera une navigation sur Nosens, son monocoque (un Elan 340) basé à La
Rochelle, Cath offrira un livre et moi un billet de 10 euros. Francky nous
enverra quotidiennement les scores sur notre iridium. Merci le frangin.
Bulle d’O est fin prêt. Le nouveau guindeau est en place, les deux nouveaux
répartiteurs de charge également. Catherine a nettoyé et rangé l’intérieur
de manière magistrale. Une petite plongée en fin d’après midi pour vérifier
la carène et gratter les hélices. Nous sommes prêts, sereins et partirons
demain matin pour notre plus longue navigation de notre TDA. 2 400 milles.
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Le départ d'Eagle pour les Açores, 3 jours avant nous |
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Sur le quai de Marigot, Sébastien dans son annexe réceptionne du pain frais et du coca |
Pose d'un guindeau tout neuf, la veille de notre départ |
Dimanche 08 Juin
1er jour de transat
Départ de notre transat retour
Ça y est, nous sommes partis. Ce matin à 08H00, nous levons l’ancre, hissons
la GV et décrochons l’ancre de sa chaîne pour la ranger dans la baille à
mouillage histoire de mieux répartir les poids et de ne pas alourdir
l’avant. Les conditions sont très calmes. 10 nœuds de vent, malheureusement
un peu trop Est, voir Nord-Est. Nous slalomons entre Saint-Martin et Anguilla, puis entre les nombreux casiers posés au large.
L’ambiance est très bonne à bord même si je ressens une petite pression liée à ce départ. Tendu, je crie deux trois ordres lors de l’opération un peu
périlleuse du rangement de l’ancre, j’observe le comportement de Bulle d’O
avec un peu d’anxiété, je reste à la barre afin de trouver la bonne allure
et enfin, je me détends un peu.
Le hublot de survie tribord fuit encore un peu. Crotte de chez crotte, les
nouvelles poignées alu n’auront pas suffit à le rendre étanche. Elles sont
tout de même beaucoup plus solides que les précédentes.
01H30
Premier quart. Le réveil est léger. Quatre heures de sommeil auront suffit
à me reposer. Je me sens bien. Mon inquiétude sous jacente, assez présente
tout à l’heure semble se dissiper. Il est vrai que les conditions sont
exceptionnellement calmes. La mer est plate, le vent de Nord-Est (plein dans
le nez) soufflotte à 6 nœuds. Nous avons du mettre un moteur en route à
18H00 et pris un cap 50°. Nous avançons à 4,5 nœuds.
Depuis ce matin, nous avons reçu de nombreux messages nous encourageant pour
notre traversée. C’est très sympa et nous donne encore un peu plus l’envie.
Manou, Odile, Haricot Vert, Franck, Guy et Kikou, Jacques (Vincent),
Chantal, Anne (de Buc), l’école de musique de Buc (sympa), Alexandre
(attention à ne pas mettre d’accents dans tes messages), Francis et Agnès
(qui êtes-vous ?), Eagle (3 jours devant nous) et puis bien sur Bernard,
notre routeur.
De Bernard : « Pas évident de vous trouver un chemin dans cette pétole. En
plus, le vent est un peu Nord. Si vous êtes au moteur (nous étions alors à
la voile), cap au 60°, à la voile, choisissez le chemin qui vous rapproche
le plus de la ligne directe. En fait vous avez devant vous une semaine de
petits airs qui ne dépasseront pas 10 nœuds. Faut faire avec. Mais la mer
est calme, juste de petits grains de temps en temps. Eagle était ce matin
par 23N42 et 59W26 dans la pétole. Nadal écrase Federer à R. Garros. ».
En fin d’après midi, j’ai du grimper au mât pour aller re-fixer une manille
du lazy jack qui avait soudainement lâché. Pas facile facile. Hissé par
Sébastien, j’ai mis une bonne demi heure à la remettre en place, secoué,
ballotté par le peu de mer. L’expérience n’est pas à renouveler.
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Réparation du lazy-jack en mer... |
...hissé par Sébastien |
L’équipage va bien. Catherine est même merveilleuse. Elle passe beaucoup de
temps à préparer, ranger et faire en sorte que le bateau soit toujours
nickel pour le confort de tous. Elle est sereine, beaucoup plus zen que lors
de la première transat.
Jacques s’est lui immédiatement fait adopter par les enfants qui lui posent
des centaines de questions. Il contribue aussi beaucoup à la super ambiance à bord.
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Jacques et Seb forment une équipe de choc |
Seb et Jacques tranquilles... |
Lundi 09 Juin
2ème jour de transat. 122 Milles les premières 24 heures
Un bain par 7 300 mètres de fond
Ce matin, nous extasions devant la mer que l’on aurait pu confondre avec le
lac Léman un jour de grand calme. Nous affalons alors les voiles et
profitons de la grande bleue sous 7 300 m de profondeur. Cela ne nous fait
pas forcement avancer mais au moins nous nous amusons. Pas de baleine en
vue, juste quelques oiseaux des mers qui viennent contempler la baignade trop sympa des Bulle d’O en plein Atlantique.
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Pas de baleine en vue, juste quelques oiseaux des mers qui viennent contempler la baignade trop sympa des Bulle d’O en plein Atlantique. |
Photo prise au milieu de l'Atlantique, avec une mer exceptionnellement calme |
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Nous affalons alors les voiles et profitons de la grande bleue et ses 7 300 m de profondeur |
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Nous sommes bien ici au milieu de l'océan Atlantique |
Premier bain dans la grande bleue |
12H00
Nous venons de hisser les voiles à nouveau. Le vent se reprend un peu après
avoir stagné entre 2 et 5 nœuds toute la nuit. Qu’il fait bon entendre ce
petit souffle sur les voiles, ce bruit de l’eau sur les coques. Bulle d’O
glisse tout doucement à 4 nœuds avec un vent apparent de 10 noeuds.
16H00
Le vent est retombé, nous obligeant à remettre un moteur. Nous ne sommes
restés à la voile que deux toutes petites heures. Les prévisions
communiquées par Bernard ne sont pas très excitantes. Pétole pour 5 jours.
Nous avons bien eu un petit grain qui nous a donné un peu de vent (14 nœuds)
pendant une bonne demi heure. Puis plus rien.
Alors nous rentrons doucement dans notre transat. Un peu de lecture, de la
cuisine, beaucoup de réglage du cap, de la GV et du Génois (quand il n’est
pas enroulé), une demi heure de dessalinisateur, une belote comptoir et
enfin une douche bienvenue sous l’unique grain de la journée.
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Mère et fille, lecture en nav |
Belote comptoir au soleil |
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Yaourts La laitière sur Bulle d'O |
Cath en train de faire le pain,
activité quotidienne sur Bulle d'O |
Mardi 10 Juin
3ème jour de transat. 110 Milles le deuxième jour
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Première rencontre après deux jours de mer |
Pétole
02H30
Le moteur nous berce toujours avec un vent trop faible pour nous faire
avancer. Nous avons 3 à 5 nœuds de vent réel avec de très rares moments où
nous pouvons nous passer du moteur. Alors nous alternons d’un moteur à
l’autre, à 1500 tours par souci d’économiser le diesel. Au moins nous
n’avons aucun problème de gestion de l’énergie à bord. Les batteries sont
pleines.
La mer est bien sûr super calme.
Nous venons de croiser un cargo que je suis attentivement avec ses feux.
Nous ne sommes pas en route de collision. J’allume tout de même le radar. Il
croise à 5 milles de Bulle d’O. Le ciel est somptueux. Des milliers d’étoiles partout, de l’horizon tout au
Nord à l’opposé tout au Sud. Un ciel unique, un ciel magique.
16H00
Pétole, toujours pétole. La mer complètement plate est superbe. D’un bleu
intense du fait de la profondeur et de sa clarté. Cette fois nous avons
carrément affalé la GV et sommes allés nous baigner. 5 600 mètres de
profondeur. L’eau est délicieusement bonne. Je mets doucement un moteur afin
de traîner la petite troupe grâce à un bout jeté dans l’eau avec un pare
battage.
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Nouvelle baignade dans un océan endormi |
Les vivres frais vont commencer à se faire rare. Nous avons déjà épuisé
notre stock de viande, il nous reste quelques tomates, courgettes,
aubergines, oignons et les inévitables choux ! Coté fruits, nous avons
encore des mangues, ananas, bananes, oranges, pamplemousses et pommes. De
quoi tenir encore quelques jours avant de taper dans les conserves. La pêche
est par contre un peu à la traîne… Juste une touche, un gros poisson, trop
gros pour le remonter, il a lâché après 20 minutes de bataille.
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Une mer plate, un ciel en feu |
Mercredi 11 Juin
4ème jour de transat. 112 milles le troisième jour soit un total de 344
milles en 3 jours. Vent variable entre 0 (la plus grande partie de la
journée) et 8 nœuds (en fin de journée) de secteur plutôt Est- Sud Est. Cap
suivi : 40°. Mer plate. Très beau temps, chaud. Pression atmosphérique 1017
hp.
01H30
Comme nous l’avions fait sur la transat aller, nous gérons le décalage
horaire en avançant les horloges du bord d’un quart d’heure par jour. Nous
avons en effet 4 heures à rattraper en ± 16 jours de traversée. Tous les
matins, Catherine et Sébastien nous font donc progresser un peu dans le temps en changeant les horloges du bord.
Nous avons eu droit hier à une fin de journée magnifique. Un ciel clair avec à l’horizon des nuages aux formes bourgeonnantes et un coucher de soleil
leur donnant des couleurs à la fois tamisées et intenses. Le vent est
inexistant, la mer toujours aussi lisse, le calme est partout. Un spectacle unique à 360°. Nous dégustons ces moments tous ensemble, bien conscients de
notre chance.
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Ciel d'Atlantique - le 11 Juin |
02H30
Le vent semble se lever un peu. 5 nœuds, allez je vais hisser la GV.
03H00
La Grand Voile est maintenant bien haute, fière. Je descends le moteur à
1100 tours, je déroule le génois. Nous filons maintenant à 5 nœuds.
Attention aux excès de vitesse. Le vent mollit ensuite rapidement. Tiens, il
est quatre heures et quart, mon quart se termine. Je vais réveiller
Catherine.
14H00
Nouveau bain grandiose dans une eau trop claire et translucide sous 5 700
mètres de profondeur cette fois (celui-là, il est pour Adèle !). Devant le
calme le plus complet, voiles affalées, moteur éteint, tout l’équipage alors à l’eau me regarde, l’air hilare, en me lançant un « bon écoute capitaine,
nous on y va à la nage, au moins on y sera plus rapidement aux Açores… »
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Coiffure à bord |
La guerre des poux est gagnée, n'est-ce pas Maxime ? |
18H00
Ça y est, nous touchons un peu de vent. 8 nœuds réel. C’est l’effervescence à bord. La GV est à nouveau hissée (un jeu d’enfant pour nous), le génois
déroulé, et nous filons à près de 6 nœuds, sans moteur.
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Le ciel qui se noie dans l'océan |
Jeudi 12 Juin
5ème jour de transat. 124 milles sur la 4ème journée pour un total de 468
milles en 4 jours.Vent 5 à 10 nœuds pendant la nuit puis nul pendant la journée. Cap suivi
40°. Température extérieure : 32°. Ciel complètement bleu. Pression
atmosphérique : 1021 hp.
Nous 6, sous l’eau, au milieu de l’Atlantique
02H00
Le vent se maintient bien aux alentours de 8 nœuds ce qui nous permet d’être à la voile depuis 18H00. Jacques vient de se coucher, toujours avec le
sourire et ça, c’est super agréable. Toujours prêt à donner un coup de main,
toujours disponible et toujours de bonne humeur. Nous avons passé un quart
d’heure ensemble à revoir les conditions. La cohabitation se passe à
merveille.
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C'est Star Ac sur Bulle d'O |
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Alex et Jacques en train de chanter... |
...et déconner |
Les enfants ont bien trouvé leur rythme, heureux de faire leur quart dans
des conditions hyper calmes et réclamant même des quarts plus longs. Pendant
la journée, Alexandra et Maxime lisent beaucoup, Sébastien passe lui plus de
temps à régler le bateau, affiner notre allure, vérifier notre position GPS,
remonter les lignes de pêche pour enlever les quelques algues prises dans
les leurres, lire Voiles et Voiliers ou Multicoque Mag. Il est réellement
mordu !
Nous suivons tous les résultats de l’Euro et notre concours de pronostique. Jacques et Sébastien sont pour le moment nettement en tête.
Nous sommes désormais bien dans « notre transat ». Cath a le sourire. Je me
sens beaucoup moins tendu et inquiet que les premiers jours même si je reste très vigilant et à l’écoute de Bulle d’O. Nous profitons du coté extra de
ces conditions anticycloniques : calme, beau temps, baignades, apéros,
couchers de soleil...
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Le sourire de Catherine |
18H00
Le vent est complètement tombé au petit matin. La chaleur est écrasante,
partout. Nous avons passé toute la matinée avec le gennaker seul, puis avec
moteur, puis moteur seul dans l’après midi. La baignade de la journée fut
encore une fois grandiose. L’eau est tellement claire que nous en avons profité pour faire des photos sous marines étonnantes et amusantes. Nous 6,
sous l’eau, au milieu de l’Atlantique.
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Sous l'océan, vue de Bulle d'O |
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La sirène Alexandra |
Le poisson Sébastien |
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Trois grenouilles dans la grande bleue |
Capitaine ”Bulles d'eau“ |
Vendredi 13 Juin
6ème jour de transat. 110 milles sur le 5eme jour pour un total de 578 milles en 5 jours.Vent 8 à 12 nœuds, secteur Ouest. Mer agitée. Navigation au gennaker seul.
Pas de moteur pour la première fois. Cap suivi 40°. Un grain avec pluie
forte pendant une demie d’heure et vent jusqu’à 25 nœuds. Pointe de vitesse
GPS : 9,5 nœuds.
Le Rayon vert
02H00 - Petite photographie de l’instant présent: Vent réel : 2.0 nœuds,
vent apparent : 0.0 nœuds, vitesse : 4,3 nœuds au moteur à 1500 tours (le
bâbord). Cap suivi : 36°. La nuit est hyper calme. Mon quart se passe en
maillot de bain et tee shirt (j’enfile toutefois mon gilet de sauvetage et
mon harnais, obligatoire pour tous dès la tombée de la nuit).
Contrairement à notre transat aller, les couchers de soleil sont tous des
moments magiques. Celui d’hier soir fut encore plus particulier avec la vue
improbable et irréelle du rayon vert. Le soleil plongeant doucement dans
l’océan, nous laisse une fois disparu un rayon intense, vert, pendant deux à
trois secondes, pointant vers le ciel complètement dégagé. Un de ces moments
partagés tous ensemble qui restera un souvenir fort pour nous 6.
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Tout le monde est prêt pour admirer le coucher de soleil et voir le fameux rayon vert |
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A l'affût du rayon vert |
Le rayon vert dans quelques secondes! |
Nous restons en contact quotidien par email avec Eagle et Harem, tous deux
en direction des Açores, partis respectivement 3 et 5 jours avant nous de
Saint Martin. Christian et sa famille naviguent 400 milles devant nous et
viennent de toucher un peu de vent. Christophe, en solo sur son RM 1200, est encore un peu plus loin devant, à 650 milles. Il ne lui reste maintenant que
moins de 1000 milles à parcourir, soit moins de la moitié du chemin, un
jalon important de sa traversée. Chapeau Christophe !
Nous devrions toucher un peu de vent d’ici un à deux jours. 5 nœuds sont
prévus demain puis 10 nœuds dans la nuit, 15 à 20 nœuds après demain. Ceux
qui arrivent maintenant aux Açores se font un peu bousculer par une grosse
dépression et des vents de 35 nœuds. Notre pétole prend ainsi encore un peu
plus de saveur.
Magnifique Marlin
11H00
Soleil de plomb mais avec un petit souffle arrière de 6 nœuds apparent.
Bulle d’O se laisse glisser, aidé par son gennaker, à 4,5 nœuds. La GV est
consciencieusement rangée dans sa baume. Cath est à la vaisselle (à l’eau de
mer), Seb s’entraîne à faire toute sorte de nœuds, Alex, Max et Maître Jacques bouquinent à l’ombre du bimini, et moi, qui reste le plus fier, moi
je me prends pour moi… (J’écoute peut être un peu trop Monsieur Jacques : Et
c’est en sortant vers minuit Monsieur le commissaire…)
15H00
Le vent arrive doucement. 8, puis 10, puis 12 nœuds. Bulle d’O file,
gennaker seul, à plus de 5 nœuds.
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Jacques à la barre avec Bulle d'O sous voile
(rare en ce début de transat) |
Paré pour un quart de nuit agité |
16H00
Un magnifique Marlin se prend dans nos lignes. La canne se met soudainementà siffler, Sébastien se précipite afin de bloquer le fil qui déroule à toute
vitesse et puis des sauts, une dizaine de sauts. Rostre en avant, la
nageoire dorsale ouverte tel un éventail, notre marlin nous offre des sauts
majestueux avant de se décrocher et de se sauver. Tant mieux, il aurait été
impossible de le remonter.
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Transatlantique jour 6 |
Samedi 14 Juin
7ème jour de transat. 133 milles parcourus hier (jour 6) pour un total de
711 milles en 6 jours. Vent secteur Ouest puis Nord Ouest, 10 à 15 nœuds
avec quelques pointes à 18 nœuds. Cap suivi : 45° puis 25° en fin de journée
et pendant la nuit. Vitesse de 6 à 8 nœuds, allure de travers. Pression atmosphérique en baisse à 1014hp. Ciel dégagé avec quelques passages
nuageux. La température baisse sensiblement. 26° dans la nuit du 14 au 15,
on ressort les polaires pour les quarts de nuit.
Le retour du vent
02H30
Ça y est, nous avons touché le flux d’ouest qui devrait nous pousser
jusqu’aux Açores. Pas de pétole ni de baignade hier mais de la navigation à
la voile. L’allure n’est pas des plus confortables avec un vent qui n’est
pas complètement stabilisé et une mer hachée. Il faut dire que nous avons été très mal habitués depuis notre départ avec une mer si calme (toujours en
pensant à maître Jacques et son plat pays).
Alexandra nous a préparé hier soir un dîner de gala. Apéro, charcuterie,
gratin de pâtes puis fondant au chocolat. Tout ça avec le retour d’un peu de
mer. Bravo Alexoche, t’es super !
14H00
Le vent continue de souffler entre 10 et 15 nœuds de secteur Ouest, puis
maintenant de Nord-Ouest. Nous avons passé la nuit sous gennaker seul avec
un vent assez stable et ne dépassant jamais les 17 nœuds. Catherine me
réveille tout de même à 06H00 pour emmagasiner le gennaker et anticiper un grain qui menace. Après avoir laissé passer ces gros nuages pleins de pluie,
nous hissons la GV (avec un ris) et déroulons le génois. L’allure de travers
est relativement confortable. Bulle d’O file à près de 7 nœuds. La mer se
forme tout de même un peu.
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Passages de nuages et grains au loin |
18H00
Le vent mollit à 13/14 nœuds. Nous affalons à nouveau la GV et passons sous
gennaker seul. L’allure est vraiment trop confort avec cette voile.
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Une allure souvent adoptée GV affalée et Gennaker déroulé |
Bulle d'O file sous gennaker seul |
Bernard continue de nous envoyer ses messages avec sa lecture de la météo et
de la route à suivre, après avoir consulté notre site pour voir notre
position émise par notre balise à 19H00 heure française. C’est pour nous un
pur bonheur que et même indispensable au vu des zones de calme que l’on
retrouve un peu partout autour de nous.
Nous prenons notre dîner dehors, tous attablés et un apéro trop top. Les
enfants sont ravis et remercient Chantal d’avoir bien voulu nous prêter
Jacques pour cette traversée. La palabre est animée et joyeuse.
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Un apéro comme nous les aimons tant |
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Tous les soirs, on s'installe devant le spectacle offert par le soleil |
Dimanche 15 Juin
8ème jour de transat. 164 milles parcourus le jour 7 pour un total de 875
milles depuis le départ. Vent très variable entre 5 et 15 nœuds. Houle de
2m00 de Nord. Temps dégagé, pression atmosphérique 1016 hp ce matin puis
1019 en soirée.
La danse des voiles
04H00
Le quart est calme avec un vent qui varie entre 10 et 15 nœuds et une mer
plutôt cool. Juste quelques passages nuageux qui inquiètent avec leurs
masses toutes noires mais qui ne produisent ni vent ni pluie. J’en profite
pour trier sur l’ordi les photos prises depuis notre départ de Saint-Martin
puis pour lire le guide des îles de l’Atlantique sur les Açores. Ça à l’air
tip top et ça nous nous l’impression de n’être plus très loin.
18H00
Les conditions sont toujours aussi changeantes. Un coup avec 15 nœuds
pendant 12 heures puis un coup de mou comme maintenant depuis ce matin où
nous avons 5 à 10 nœuds avec une forte houle de nord. Alors, la danse des
voiles continue : on hisse, on affale, on déroule, on emmagasine, on
enroule, on prend un ris etc. Nous naviguons actuellement sous gennaker
seul, la GV étant intenable avec si peu de vent et autant de houle.
On a tout de même l’impression de ne pas avancer même en ayant fait 165
milles hier. Nous allons continuer à remonter cap 30° jusqu’à ce que l’on
touche plus de vent et surtout un vent plus stable.
Nous avons par contre ouvert notre compteur pêche avec un wahoo d’1m00 en
fin d’après midi. Jacques nous a regardé faire avec de grands yeux. Le
moulinet qui siffle, sébastien qui va me chercher le baudrier, Max un seau
et une serpillière, Cath une planche à découper et le couteau à poisson,
Alexandra un plat, pendant que je tente de remonter notre prise. Une demi
heure plus tard, ce magnifique wahoo arrive dans le cockpit. Une
organisation bien rodée et efficace ! On va se régaler. On a malheureusement
loupé une coryphène qui mordait en même temps sur l’autre ligne mais qui a
laché à quelques mètres de la jupe.
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Première pêche avec un Wahoo tigré d'un mètre |
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Nuage d'Atlantique illuminé par le coucher du soleil |
Lundi 16 Juin
9ème jour de transat. 134 milles parcourus le jour 8 pour un total de 1009
milles depuis le départ. Il reste 1313 milles en route directe. Vent d’ouest
de 0 à 8 nœuds toute la journée, houle de Nord qui s’atténue encore (1m00).
Baromètre : 1022 hp. Temps beau et à nouveau chaud. Position à 05H00 TU :
29N48 ; 51W55. Gennaker seul puis appuyé par un moteur à 1200 tours puis
moteur seul, toutes voiles rangées.
Je vous ai apporté des bonbons
04h00
Ce soir, du fait des conditions trop changeantes, je n’ai pas pu dormir
avant mon quart. Je suis resté avec Max et Alexandra jusqu’à 22H30. Ils étaient ravis de pouvoir partager ce moment ensemble, tous les 3 affalés sur
la banquette de barre. Nous avons ensuite passé une bonne heure avec Jacques à enrouler le génois, affaler la GV et dérouler le gennaker. Le début de mon
quart est ensuite arrivé trop rapidement. Heureusement il y a la lune,
presque pleine, qui m’accompagne. La houle est cependant pénible avec si peu
de vent. On est trimbalé dans tous les sens, en permanence. Vivement que je
puisse passer le relais à Catherine, dans ½ heure.
Les journées passent à une vitesse folle. Pas le temps de s’ennuyer un
instant entre les manœuvres, le concours de cuisine (1ere manche gagnée par
Alexandra), les repas (moments importants dans la journée), les longs quarts
de nuits, les petites siestes de jour (indispensables pour une bonne gestion de notre sommeil), les « chats » par emails avec les bateaux copains en
navigation comme nous (beaucoup avec Eagle, 400 milles devant nous), la
météo (RFI + Bernard), les jeux de cartes (Jacques est maintenant initié à
la belote comptoir !), le carnet de bord, les moments passés avec les
enfants, avec Catherine.
Une longue navigation, c’est tout plein de bons moments avec tout de même
quelques moments d’inconfort (là, maintenant par exemple, ça saoule cette
houle…). Il est 04H30, je vais céder la place (mais bonjour Mademoiselle
Germaine….) !
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A vos marques, prêts... |
...Partez |
15H00
La pétole est de retour depuis la nuit dernière. Nous sommes retombés dans
un méga anticyclone avec un baromètre qui est passé en deux jours de 1016 à
1022 hp. Bernard a beau essayé de nous en sortir, cette zone de calme nous
encercle.
De Bernard : « Désolé, le vent est toujours moins fort que les fichiers grib
l’annoncent. Cap au 20° pour aller le chercher toujours plus au nord et
pendant les deux jours à venir. Au sud, il y a une immense zone de calme. 10à 15 nœuds WSW pour les deux jours à venir »
Alors nous continuons à faire route vers le nord, avec un moteur ronronnant à 1200 tours depuis le début d’après midi, gennaker a peine gonflé, pour
essayer d’aller toucher un peu de vent. La chaleur est également de nouveau
bien présente.
Je profite de ce calme pour me plonger dans les cales moteurs et faire un
check-up des niveaux : huile du moteur, du presse étoupe, de l’inverseur,
liquide de refroidissement : tout est OK. Impec !
Nous sommes suivis en permanence par des oiseaux des mers, des puffins
vraisemblablement, au vol si gracieux. Ils se laissent dériver derrière nous
puis s’envolent à nouveau pour nous rattraper. Nous en avons eu jusqu’à une
dizaine autour de nous. Cette compagnie est très sympa et a en plus un coté
rassurant (nous ne sommes pas seuls dans cette immensité !).
Nous venons à l’instant de croiser une grosse tortue de mer ainsi que
quelques dauphins fugitifs, venus nous saluer. (Merci mamie qui nous les
avait commandés hier soir).
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Un oiseau de mer (un puffin) en train de poursuivre notre ligne de traîne |
Mardi 17 Juin
10ème jour de transat. 116 milles parcourus le jour 9 pour un total de 1125 milles depuis le départ. Il reste 1238 milles en route directe. Temps très
beau avec une température un peu plus fraîche (28°la journée et 25° la nuit. (
Brrr). La température de l’eau a également bien baissée.Vent entre 5 et 10 nœuds d’ouest puis de Sud ouest. Baromètre : 1021 hp.
Le vent est encore une fois complètement tombé. Nous nous interrogeons sur la route à suivre. Avec ce vent si faible, ne vaut mieux-t-il pas mieux
remonter encore plus au Nord ou faire route directe ? Est-il préférable pour nous d’avancer à 5 noeuds au 10° ou à 4,5 au 55° en route directe ? Bernard planche dessus et va tenter de nous aider, en s’appuyant sur la polaire de vitesse de Bulle d’O qu’il nous avait demandée avant de partir.
Alors pendant ce temps, musique à fond, nous nous douchons au seau d’eau de
mer sur le trampoline avant. Elle est belle la vie sur Bulle d’O !
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Douche collective sur l'étrave de Bulle d'O |
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Seb à la douche |
Max au shampoing |
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Alex au rinçage |
Shampooing dans la jupe pour Cath |
Et la femme du capitaine, qu’est ce qu’elle en pense ?
10ème jour de traversée, pendant mon quart.
Il est près de 5 heures.
Je profite des conditions extrêmement calmes pour écrire ces quelques lignes sur mes impressions de transat.
Après plus d’une semaine de mer, la mécanique est bien rodée. Chacun a trouvé sa place à bord, Jacques s’est formidablement bien intégré. Il s’est
glissé sans bruit dans l’équipe, délicatement, tant et si bien qu’il nous semble qu’il a toujours été là parmi nous. Sa présence est d’une grande
richesse pour nous tous. Les enfants sont zen, passent beaucoup de temps à lire, jouer, vérifier les lignes, discuter avec nous, faire les andouilles,
normal quoi !
Bertrand est toujours sur le qui vive mais serein. C’est normal et c’est bien, les conditions peuvent vite changer et nous avons conscience d’être
actuellement dans une bulle de calme qui peut très vite s’envoler pour laisser place à des conditions plus difficiles.
Bertrand est partout, aussi bien dans les manœuvres et l’entretien du bateau, que dans les jeux, la pêche, les concours de pronostic sur le foot,
les concours de cuisine, la préparation de petits plats sympas et j’en passe. Il est là, toujours partant, toujours enjoué, toujours prêt à
rigoler, à détendre l’atmosphère s’il le faut, toujours prêt à organiser, améliorer, développer, créer ! Chapeau Cap’tain t’es un boss !
9 jours et de nombreuses impressions jamais connues. Les premiers jours par exemple où nous glissons sur une mer d’huile sans vent à 4 nœuds aidés par
un moteur. Je n’ai aucun souvenir d’un tel calme alors pendant mes quarts, d’une telle impression de glisse silencieuse. Pas de vent, pas de vagues.
Nous étions bien loin des conditions de la transat aller où je me souviens avoir plusieurs fois rêvé de faire taire ce bruit de vent dans les oreilles.
La glisse silencieuse….restera un souvenir. Tout comme, nos bains quotidiens dans la grande bleue avec le premier jour le frisson de se dire qu’il y a
toute sortes d’animaux impressionnants dans nos mers qui pourraient très bien avoir l’idée de venir voir de plus près ces 6 drôles de grenouilles qui
gesticulent près d’un étrange appareil. Preuve en est, ce filament de méduse qui est venu se frôler à Maxime. Brrr… il y a bien vie sous l’eau tout près
de nous.
Et la voile dans tout ça ?
La voile est finalement bien présente à bord tant nous essayons de profiter de la moindre risée. Et hop, c’est parti pour le gennaker, ah non ? alors la
GV et le génois ? ah non, ça bat,c’est terrible ce bruit avec cette houle qui saoule, on affale la GV et on remet le gennaker, et hop, on se traîne à
4 nœuds. Pas assez de vent, un petit coup de moteur pour aider, toujours pas, on enroule ! moteur seul. ah, super, une petite risée, on déroule le
gennaker… génial, ça monte un peu, on coupe les moteurs et pfuit…pfuit… glisse silencieuse sur la grande bleue….
Pour l’instant c’est une autre sorte de voile que nous apprenons à connaître.
9 jours de mer qui nous permettent de ressentir le temps, dans le sens positif du terme. J’ai l’impression de vivre dans une bulle coupée du monde,
rythmée par l’apparition du jour puis du soleil, la nuit, la lune, les étoiles, les SMS de Bernard, de la famille et des amis. J’apprécie d’avoir
enfin le temps de lire, des heures si je le souhaite et j’en profite. J’apprécie d’avoir le temps de « bavarder », de discuter, de profiter des
uns et des autres, de faire la sieste, de réfléchir, de regarder la mer, d’écouter, d’observer. Quel délice !
Encore 10 jours ? 12 ? Plus ? On ne sait pas, on ne peut pas savoir, on verra. Ça aussi c’est une impression forte, jamais connue. Combien de temps
va durer notre bulle et comment allons-nous la vivre?
Pour l’instant je me sens bien,
RV à Horta.
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Un coucher de soleil encore fabuleux |
Mercredi 18 Juin
11ème jour de transat.116 milles parcourus le jour 10 pour un total de 1237 milles depuis le départ. Il reste 1175 milles en route directe.Vent de SW de 5 à 10 nœuds. Allure : Grand largue, avec le gennaker seul. Temps très beau. Baromètre : 1025 hp. Retour de la pétole dans la nuit du 18 au 19 Juin.
De notre routeur Bernard : « La bulle de calme ne cesse de s’agrandir. Partez sans hésiter au Nord, même plein nord tant que vous n’aurez pas un
peu plus de vent. Le vrai vent est actuellement par 33 nord. La moitié de l’océan est un lac. Il n’y a aucun autre passage qu’en montant pendant deux
jour au 15°. Vous devriez avoir 10 à 15 Nœuds qui devraient vous permettre d’éviter le moteur mais cela n’ira pas vite. Heureusement le moral a l’air
toujours bon et la pêche aussi. Vous avez donc une chance d’éviter le scorbut ! Good Luck »
Alors, nous partîmes vers le Nord, doucement poussés par le vent de
Sud-Ouest…
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Seb attache la drisse de GV pour éviter qu'elle ne batte |
Sébastien, premier mousse à la navigation, comment se passe ta transat ?
Elle se passe super bien. Nous n’avons pas beaucoup de vent et faisons donc beaucoup de manœuvres. C’est intéressant de les faire avec Maître Yoda
(surnom donné à Jacques à bord de Bulle d’O) qui connaît beaucoup la voile et qui m’apprend beaucoup. Il a donc le droit à beaucoup de questions !
En effet, je lis généralement les Voiles Magazine, Voiles et Voiliers, Multicoques Mag la journée et je lui demande de m’expliquer tout ce je ne
comprends pas. Il en profite lui aussi pour apprendre des choses que lui ne connaît pas mais que nous connaissons via notre TDA (par exemple la gestion
de l’électricité). Très intéressant les conversations avec Yod’, que ce soit voile ou autre ! C’était une bonne surprise que de le connaître à travers
cette aventure…
L’ambiance à bord est très bonne : les parties de cartes, les douches (soit un bain dans l’océan, soit avec des seaux d’eau, soit sous les grains), les
palabres et tous les moments que l’on passe ensemble sont géniaux !
Et la pêche ?
Pas génial ! Je mets deux lignes tous les matins à 6h00 et nous les enlevons tous les soirs vers 19h30 et nous n’avons pêché qu’un Wahoo (certes, de
1m00). Cela doit être du à la vitesse assez faible et aux algues qui s’accrochent tout le temps aux leurres ! Nous avons tout de même passé un
super moment lors de la remontée du Wahoo, sachant que Yod’ n’avait jamais pêché ! J’espère maintenant attraper des Coryphènes et des Thons…
Tes quarts de nuit ne sont-ils pas trop durs ?
Non, ça va. J’ai pris mon rythme depuis plusieurs jours. Je me couche vers 21h30 et me lève vers 5h30. Maman se re-couche vers 7h après son quart. Je
profite donc du lever du soleil avec elle, ce qui est sympa. Ensuite, quand Maman est couchée, je lis, je veille et les autres se lèvent : la journée
commence !
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Le 11ème jour se couche |
Jeudi 19 Juin
12ème jour de transat. 99 milles parcourus le jour 11 pour un total de 1336
milles depuis le départ. Il reste 1108 milles en route directe. Un Cargo
croisé à moins d’un mille hier en journée et deux cargos en pleine nuit dont
un à moins de 2 milles. Vent de SW de 0 à 10 nœuds. Cap : 10°. Allure : vent arrière avec le
gennaker seul ou moteur quand le vent tombe à moins de 5 noeuds. Temps très
beau. Baromètre : 1026 hp.
C’est la pleine lune
Bulle d’air et Ti punch
Minuit
Les quarts sont vraiment tranquilles en ce moment. Peu de vent, peu de mer.
Nous avons tout de même croisé un Cargo hier à 0,6 mille, en pleine journée.
Il nous faut rester attentifs.
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Attention, nous sommes en route de collision |
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Le cargo passera devant notre étrave à moins d'un mille |
Personne sur le pont |
Nous poursuivons notre remontée vers le 34° Nord où nous devrions avoir
quelques nœuds supplémentaires. Nous devrions l’atteindre dans la journée.
Eagle est bien devant nous, à 500 milles de Flores. Ils sont passés juste
avant que la zone de calme ne s’étende. Bien vu !
01H00
Le vent est à nouveau complètement tombé. 4 nœuds de vent réel. Bulle d’O se
laisse bercer par la houle et par le ronron du moteur que je viens de
réveiller.
16H00
Nous arrivons près du 34° Nord et le vent n’est toujours pas très vigoureux.
Nous sommes restés au moteur jusqu’à midi puis avons de nouveau déroulé le
gennaker qui nous pousse gentiment avec les petits 5 à 10 nœuds de vent.
22H00
Nous sommes encore bien englués, avec un vent qui oscille toujours entre 5
et 10 nœuds, malheureusement plus proche de 5 nœuds la plupart du temps.
Nous remontons donc doucement vers le Nord à 3 nœuds environ, cap 5° pour
cette nuit. Cela est assez loin de notre route directe qui est de 60° mais
nous espérons accrocher un peu de vent d’une petite dépression qui passe
demain soir très au Nord. On y croit !
Nous avons réussi à pêcher à l’épuisette un petit « poisson en plastique
rose » que nous voyions dériver par dizaine depuis plusieurs jours en nous
demandant ce que cela pouvait bien être. Ce sont en fait des méduses, des
Physalies. Elles portent un flotteur gonflé rose ou bleu pastel et sont les plus dangereuses des méduses avec leurs longs tentacules qui peuvent aller
jusqu’à 4 mètres. Jacques a réussi à se faire piquer en remontant
l’épuisette (sans gravité).
Concernant notre concours de pronostics sur l’Euro, Catherine nous met pour
l’instant une pâtée mais l’Euro n’est pas terminé ! Demain, début d’un
concours de pétanque sur Bulle d’O…Le Ti punch coule à flot à défaut de vent
!!
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Physalie, curieuse méduse avec son flotteur rose. Nous en croisons plusieurs dizaines par jour! |
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Ca y est, nous avons attrapé une Physalie, pour voir cette méduse d'un peu plus prêt |
de trop prêt pour Jacques et son petit doigt effleuré par un tentacule |
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Ciel d'Atlantique |
Vendredi 20 Juin
13ème jour de transat. 96 milles parcourus le jour 12 pour un total de 1432
milles depuis le départ. Il reste 1059 milles en route directe.
Jusqu’à 18H00 : Vent 5 à 10 nœud de SSW, cap au 10°, gennaker et génois (en
papillon), vitesse : 5,5 noeuds
A partir de 18H00 : Vent 12 à 15 nœuds de SSW, Cap suivi : 70° en route
directe sur Horta, gennaker seul, vitesse : 7 nœuds
Temps très beau qui se couvre la nuit avec des nuages d’altitude, mer peu
agitée, baromètre : 1027 hp
Souffler dans les voiles ?
Le vent s’est maintenu entre 6 et 10 nœuds toute la nuit. Tant mieux.
Jacques s’inquiète de voir son séjour sur Bulle d’O se prolonger au-delà de
ce que l’on avait prévu, obligations professionnelles obligent. Son avion au
départ d’Horta est prévu pour samedi 28, dans 8 jours. Il semble maintenant
peu probable que l’on soit là-bas dans les temps. Cela est malheureusement
complètement en dehors de nos mains.
Non Jacques, t’es pas tout seul…On va souffler dans les voiles !
Vent frais, enfin du vent !
Ça y est donc, nous avons touché le vent que nous sommes venus chercher si
au Nord! 10 à 15 nœuds depuis 18H00 locale. Nous filons maintenant cap 70°
en route directe avec vent de travers. Que c’est bon. Cela devenait un peu
dur de toujours remonter au nord, sans vent, en se traînant, sans se
rapprocher du but. L’ambiance à bord s’en ressentait un peu. Jacques voyait
son avion partir d’Horta sans lui. Ça va être tout de même serré mais pas
impossible.
Nous sommes tout juste passés sous la barre des 1000 milles restant à courir
(à 23H59). Le compte à rebours va pouvoir commencer. C’est bon pour le
moral.
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Nouveau coucher de soleil de rêve |
Samedi 21 Juin
14ème jour de transat. 156 milles parcourus le jour 13 pour un total de 1588
milles depuis le départ. Il reste 939 milles en route directe pour Horta. Vent 10 à 15 nœuds de SSW mollissant à 10 noeuds en début de nuit, Cap suivi
: 70° en route directe sur Horta, gennaker et génois en papillon. Vitesse :
5 à 7 nœuds.
Temps couvert avec pluie dans la deuxième partie de la nuit et matinée. Mer
peu agitée à agitée, baromètre toujours à 1027 hp.
Eagle (Kronos 45) est arrivé à Flores ce matin, Harem (RM 1200) à Horta il y
a deux jours.
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Jour 14, 05H15, le soleil se lève |
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Les grimaces ne servent à rien Alex,
tu seras bien prise en photo.... |
Extrait du carnet de bord d’Alexandra :
« Pour le moment, cette transat me plaît plus que la première. Avec ces
conditions plus cool, on peut en profiter beaucoup plus : je ne me sens pas
constamment nauséeuse, les quarts sont plus tranquilles, je peux cuisiner,
on peux jouer aux cartes tous ensemble etc. Je me sens bien avec toute cette
mer autour de notre petit bateau, tous ces nuages qui défilent vers d’autres
horizons, tous ces couchers de soleil aux couleurs sublimes, toutes ces étoiles qui brillent juste pour nous, toutes ces mouettes qui nous suivent
depuis le début et tout ces animaux que l’on sait en dessous de nous. Cela fait 13 jours qu’on est en mer. Le temps que nous avons mis pour faire Cap
Vert – Barbade. Mais je ne ressens pas ces 13 jours, ils sont passés
beaucoup plus vite qu’à l’aller. Je ne suis pas pressée d’arriver aux
Açores, on a encore le temps»
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Nous 5, avant de prendre nos quarts |
Quel impact ce TDA ?
En regardant la mer ce soir, je me disais qu’elle allait sacrément nous
manquer dans quelques mois, quand nous serons rentrés à Buc, dans la région
parisienne ! Alors les questions fusent.
Cette année en famille, sur un bateau, à découvrir tant de sensations
nouvelles, va-t-elle changer notre vie ? Quels changements va avoir sur nous
ce TDA ? Va-t-on reprendre notre place, à Buc, comme avant ? Et dans nos
entreprises, quel sort nous réserve-t-on après cet acte que certains considèrent comme une trahison, d’autres comme un « suicide de carrière » ou
d’autres encore comme une décision remarquable? Va-t-on devenir des marins
dans l’âme, des passionnés de voile ?
Autant de questions que nous nous posons maintenant de manière beaucoup plus
concrète. Les réponses sont loin pour nous d’être simples.
Notre premier sentiment, depuis le premier jour de notre aventure, était de
penser qu’une fois de retour, les habitudes reviendront au galop et que
cette année restera comme une parenthèse magique, un souvenir commun
magnifique, un ciment supplémentaire pour nous 5. Pas de changement majeur
donc, on continue comme avant, avec une richesse personnelle supplémentaire et une pêche d’enfer.
Cela reste je pense indéniable pour le côté enrichissement personnel et
familial. Mais côté impact sur notre vie après TDA, nous n’avons pas encore
les réponses. Quelques pistes tout de même: si changement il y a, il viendra
probablement avant tout de notre vie professionnelle. Après un tel périple,
nous ne nous voyons que peu reprendre un job équivalent à celui que nous
avions avant notre départ. C’est d’ailleurs la très bonne réaction qu’HEC a
eue pour Catherine. « Il vous faut de nouveaux challenges ! ».
Définitivement, nous allons rechercher de nouveaux horizons, de nouveaux défis, continuer à avancer. Côté Sodexo, c’est plus compliqué, peu de pistes
pour le moment mais rien n’est pour autant perdu. Le groupe est immense et les opportunités existent, à moi d’aller les
chercher.
Mais ces questions ne peuvent pas et ne doivent pas se résumer à « quel
poste à mon retour ? ». Je les placerais peut être plus à quel type de vie
souhaitons-nous ? A mûrir, ce ne sont que des réflexions…
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Bouée croisée au beau milieu de l'Atlantique sans trop comprendre ce qu'elle y fait. Elle dérive.... |
Dimanche 22 Juin
15ème jour de transat. 139 milles parcourus le jour 14 pour un total de 1727
milles depuis le départ. Il reste 826 milles en route directe pour Horta ou
711 pour Flores. Vent 10 à 15 nœuds de SSW, Cap suivi : 55° pour remonter toujours plus au
Nord puis 73° en route directe une fois le 37° nord atteint (en début de
nuit), gennaker seul puis avec GV. Vitesse : 5 à 7 nœuds.
Alternance de ciel dégagé et ciel couvert. Mer peu agitée à agitée,
baromètre qui grimpe à 1028 hp.
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A la recherche des constellations... |
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...des moments uniques |
Alors cap sur Flores ?
Le ciel cette nuit est magnifique, très étoilé. Un ciel qui retrouve les
constellations à leur place, telle que nous avions l’habitude de la voir en
France. La grande ours et son chariot, la petite ours et son étoile polaire,
cassiopé avec son W, la voie lactée illuminée… un ciel cependant orphelin
des constellations du Sud, un ciel qui nous confirme que nous sommes bien
sur le chemin du retour, un ciel nostalgique, déjà. La lune vient tout juste
de sortir de l’eau pour me consoler. Elle est énorme, superbement feutrée
rouge-orange, à peine voilée par la brume environnante. Je l’ai d’abord
prise pendant quelques secondes pour un cargo, tous feux allumés, non loin
de Bulle d’O. Il m’a fallut l’observer aux jumelles pour constater que ce
n’était que la lune qui se levait, doucement.
Sébastien est venu me réveiller tout à l’heure, à 22H30. Il a inversé son
quart avec Alexandra qui souhaitait voir un lever du soleil (et donc troquer
son lever de lune !). Alexandra sera ainsi réveillée par Cath à 05H00 du
mat.
Depuis cet après midi, nous avançons plutôt rapidement toute toile dehors,
85 m² de GV associé à 120 m² de gennaker, Il le faut bien avec ce vent
toujours aussi avare. 10 à 12 petits nœuds qui passent progressivement au
Nord-Ouest tout en mollissent au cours de la nuit. Bulle d’O se comporte tout de même à merveille dans ces conditions. 10 nœuds de vent apparent au
largue suffisent à le faire filer allègrement à 6 nœuds. Sous gennaker seul,
sa vitesse est alors un peu moins élevée (4,5 nœuds) mais d’un confort
absolu pendant la nuit.
Nous avons eu l’agréable surprise de voir une voile se détacher de l’horizon
en fin d’après midi. Je saute alors sur la VHF, canal 16, et appelle. La
réponse est immédiate. Keith est Australien et se dirige vers Horta avec son
monocoque de 32 pieds. Il arrive des Bermudes à plus de 1000 milles d’ici.
11 jours, sans vent ! Nous nous donnons RV à Horta, la voile disparaîtra
ensuite rapidement d’où elle est venue, dans l’horizon.
Le peu de vent que nous avons eu depuis Saint-Martin nous prolonge notre
transat au-delà de ce que nous pensions et nous permet d’avoir une
navigation jugée comme très confortable par tout l’ équipage. Tant mieux.
Les enfants sont ravis. Nous sommes toutefois embêtés pour Jacques qui a maintenant de bonnes chances de rater son avion partant d’Horta Samedi
matin. Bernard, notre routeur trop top, nous suggère alors d’étudier la
possibilité de nous diriger vers Flores, île des Acores la plus proche, 115
milles nautiques de moins que pour aller à Horta. La simulation nous donne
une arrivée possible sur Flores le 27, ce qui permettrait à Maître Yoda
(surnom donné à Jacques à bord) de sauter dans une correspondance pour
Horta. Nous ferons donc peut être un stop à Flores qui semble t-il en plus
est une île charmante.
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Seb et Jacques changent une manille sur le tambour
de génois |
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Maître Jacques qui se régale aussi à faire de belles photos |
Lundi 23 Juin
16ème jour de transat. 149 milles parcourus le jour 15 pour un total de 1876
milles depuis le départ. Il reste 707 milles en route directe pour Horta ou 591 pour Flores.
Vent 0 à 8 nœuds de NE, Cap suivi : 73° en route directe, moteur la plus
grande partie de la journée. Alternance de ciel dégagé et ciel couvert. Mer
peu agitée à agitée, baromètre : 1029 hp. Température extérieure en baisse
sensible (polaire obligée pour nos quarts de nuit)
Retour de la pétole à un moment où nous pensions être tirés d’affaire. Nous
devons même affaler en cours de journée et brûler le peu de diesel qu’il
nous reste. Un rapide bilan montre que nous en sommes à 136 heures de moteur
depuis Saint Martin. Nous avons consommé un peu moins de 300 litres de
diesel (estimation qui comprend la consommation du générateur que l’on met
en route régulièrement pour faire fonctionner le dessal). Il nous en reste
60 litres dans le réservoir bâbord, 40 dans le tribord plus un jerrican de
secours de 25 litres soit en tout une cinquantaine d’heures de moteur encore possible. Cette nuit nous allons piocher une douzaine d’heure dans cette
réserve pour éviter de tirer des bords. Le vent devrait je l’espère revenir
au NW dans la nuit et nous permettre de remettre les voiles au petit matin.
Cette transat nous aura en tout cas permis de tester toutes les
configurations possibles à la voile. Aujourd’hui n’aura pas échappé à la
règle : GV hissée puis affalée, gennaker déroulé puis emmagasiné, idem pour
le génois, virements de bord avec un vent de NE qui vient « souffler » (5 à
8 nœuds) pile dans notre nez. Jacques commence à se dire que les éléments
sont contre nous et qu’ils font tout pour retarder notre arrivée aux Açores.
Souffler dans les voiles ne suffit donc pas ! Nous confirmons notre petit
changement de point d’atterrissage aux Açores afin de « déposer Jacques » à
Flores, l’île la plus à l’ouest de l’archipel.
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Salto vrillé d'un de nos compagnons de mer, en plein vol. Etonnant! |
Bonite qui nous aura précédés toute la journée |
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Les voiles d'avant en papillon par force 2! |
Pas de vent dans les girouettes qui en perdent la tête |
Mardi 24 Juin
17ème jour de transat. 102 milles parcourus le jour 16 pour un total de 1
978 milles depuis le départ. Il reste 514 milles pour Flores en route directe. Vent 0 à 8 nœuds de NE (dans le 50°), Cap suivi : 73° en route directe,
moteur toute la journée et toute la nuit. Beau temps. Mer peu agitée,
baromètre : 1028 hp. Température extérieure encore en baisse ensible, le
vent est frais.
De Bernard : « Ne désespérez pas, vous n’avez jamais été aussi près du but.
Dans 12H00 (donc vers 04H00 le 25) le vent revient par le SE 15 nds. D’ici
là, il va faire le tour du cadran : NE, puis E, SE et Sud très faible. Le 26
vous allez carrément regretter le calme, 25 à 30 nds SW avec le passage
d’une bonne petite dépression. Visez Flores en ligne droite, mais ce n’est
pas encore gagné pour arriver le 27. C’est grand l’Atlantique à cette
vitesse !
Je pense bien à vous ! »
Tout est dit dans le message de Bernard. Alors, nous nous préparons à
recevoir ce vent, sereinement. L’excitation à bord monte d’un cran à cette
nouvelle. Nous allons enfin sortir de cette pétole.
Nouveau point sur le diesel. Cela devrait être bon, il va nous rester une
petite trentaine d’heures moteur si besoin, à bas régime. Coté
approvisionnement, nous sommes arrivés à bout de tous les produits frais depuis plusieurs jours. Même les choux y sont passés ! Alors nous
réinventons des recettes à base de riz et de pâtes. Le poisson est
malheureusement absent de notre alimentation puisque nous n’en avons pêché
qu’un seul en 17 jours (pas assez rapide pour pêcher même si nous avons raté
une petite coryphène de peu cet après midi). Nous profitons des conserves
maisons préparées avant notre départ (n’est-ce pas Manou!) : boeuf
bourguignon, sauté de veau, ratatouille bolognaise etc.
Les apéros sont toujours des moments incontournables dans notre vie
d’équipage, un moment d’échange apprécié par tous. Les après-midi sont
désormais rythmés de parties endiablées de Tarot. Les 3 enfants en raffolent
et ne craignent plus trop les enguelades du capitaine à la premièreétourderie de leur part. Un fameux roi de cœur resté dans le jeu de l’un
d’entre eux lors d’une « garde contre » restera un grand moment... Tout est
prétexte au jeu à bord : le tarot, le whist, l’Euro de foot, un concours de
cuisine ! Catherine en profite pour prendre son temps, passant d’un livre à
un autre, elle se sent tout simplement bien. L’ambiance à bord est vraiment
excellente et l’humeur joyeuse. Les enfants ont la pêche.
Nous voyant arriver dans 3 à 4 jours, nous ressortons l’ancre de la baille à
mouillage dans laquelle nous l’avions enfermée et la remettons à poste. Nous
sommes maintenant parés à mouiller, dans 4 jours !
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Un Pétrel à la chasse aux poissons |
Mercredi 25 Juin
18ème jour de transat. 117 milles parcourus le jour 17 pour un total de 2 095 milles depuis le départ. Il reste 413 milles pour Flores en route directe ou 531 pour Horta. Vent passant à N puis NE, S et enfin SW, 10 à 15 nœuds puis forcissant à 18 à 22 nœuds, Cap suivi : 78° en route directe. Beau temps puis arrivé d’un front en fin de journée, avec le vent qui forcit. Mer peu agitée devenant agitée et enfin très agitée, baromètre : 1023 hp.
De Bernard : « Méfiez vous, ça va cogner à 30 nœuds de vent dans quelques heures »
Deux Cachalots dans le vent
La voilà notre petite dépression annoncée par Bernard. Le vent, inexistant la nuit précédente, a fait le tour du cadran dans la journée pour s’établir au SW à +/- 20 nœuds en fin d’après midi. Nous n’avons pas eu pour le moment de passage pluvieux ni de fortes rafales. Bulle d’O est ravi. Il file dans la nuit à près de 8 nœuds de moyenne sous GV arisée et génois. Sa stabilité nous rend fort.
La journée a été ponctuée par le passage de deux superbes cachalots à quelques mètres de Bulle d’O. Les deux géants des mers nous ont offert de beaux jets d’eau avant de plonger dans les profondeurs, d’un coup de queue majestueux.
Nous sommes préparés au renforcement du vent, annoncé à 30 nœuds dans la journée. Alors, nous emmagasinons le gennaker, l’affalons et le rangeons dans la soute à voile. Le vent ne forcira en fait qu’en toute fin de journée, tout en restant très raisonnable, jamais au-delà de 25 noeuds. Les Açores se rapprochent.
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Une rencontre d'un autre type:
deux majestueux cachalots |
Bye Bye et merci pour le spectacle |
Jeudi 26 Juin
19ème jour de transat. 185 milles parcourus le jour 18 pour un total de 2 280 milles depuis le départ. Il reste 249 milles pour Flores en route directe ou 363 pour Horta. Vent bien établi entre 18 à 25 nœuds, Cap suivi : 80 en route directe. Temps couvert pendant la nuit puis complètement dégagé. Mer agitée, houle de 2 mètres formée par le vent, baromètre : 1025 hp. Un cargo croisé à 0,4 milles, en route de collision, à 04H00 du matin.
Dans notre Bulle de rêve
La nuit s’est merveilleusement passée avec un vent très stable autour des 22 nœuds. Le ciel, sombre et menaçant pendant la nuit, s’est soudainement dégagé au lever du jour. La mer, d’un bleu intense, contraste avec l’écume blanche soulevée par le vent. La houle est régulière, bienveillante. Quelle journée magnifique. Bulle d’O fonce à 9 nœuds, la force tranquille, taillée pour ces longs parcours.
Les nuits sont désormais très courtes grâce à un soleil qui ne disparaît derrière l’horizon qu’à plus de 21H00 pour réapparaître à 05H30 le lendemain matin. Un vrai confort très appréciable en navigation, notamment pour le quart des enfants. Quelle différence avec nos navigations précédentes où les nuits s’étalaient sur 12 longues heures. !
Les enfants passent une transat de rêve. Souriant du matin au soir, ils sont ravis de ces conditions bien plus calmes que celles rencontrées lors de la transat aller. Alexandra, pourtant moyennement enchantée à l’idée de prendre la mer pendant trois semaines pour rentrer en Europe (en plus), est radieuse. Alex et Max ensemble vivent des quarts de début de nuit (jusqu’à 10H30) dont ils se souviendront toute leur vie. Seb et Catherine idem pour leur veille de fin de nuit (a/c de 04H30).
Nous sommes dans notre bulle, bien calés, dans notre rythme. L’équilibre semble être parfait à bord, chacun ayant trouvé sa place et profitant pleinement de ces moments uniques.
Le vent étant présent au rendez vous, nous oublions l’option Flores et filons directement sur Horta où Jacques prendra son avion Dimanche pour la France. Nous anticipons un atterrissage sur Horta Samedi en fin de soirée.
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Max et Alex forment un duo joyeux |
Dans notre Bulle de rêve |
Vendredi 27 Juin
20ème jour de transat. 196 milles parcourus le jour 19 pour un total de 2 476 milles depuis le départ. Il reste 192 milles pour Horta en route directe. Vent bien établi à 15 nœuds mollissant sous les 10 nœuds en début de nuit, Cap suivi : 96 en route directe. Temps très beau. Mer devenant peu agitée, houle de 1,5 mètres, baromètre : 1029 hp. Un voilier aperçu au loin et laissé sur place !
Une journée de 21 jours
196 milles parcourus hier, notre meilleure moyenne en 24 heures (8,16 nœuds), sans forcer. Bulle d’O est impressionnant. Il avale les milles sans broncher, sans faiblir, après 20 jours de mer. Le vent mollit aujourd’hui progressivement mais Bulle d’O n’y prend pas garde. Il avance sereinement à 6,5 nœuds pour 9 nœuds de vent apparent, GV et gennaker déployés.
Nous laissons Flores à quelques milles au Nord et glissons sur Horta, sous le soleil, avec une mer magnifique. Des hordes de dauphins viennent régulièrement nous saluer mais repartent immédiatement au loin, probablement impressionnés eux aussi par la force de Bulle d’O.
Les journées en mer filent à toute vitesse, cadencées par deux à trois périodes de sommeil par tranche de 24H00 : une avant nos quarts (de 21H00 à 22H30 pour moi), une deuxième après (de 02H30 à 07H30) puis une troisième en journée (de 14H00 à 15H00). Depuis trois semaines, nous nous sommes parfaitement acclimatés à ce rythme et arriverons demain à Horta sans fatigue accumulée.
Dernière nuit en mer avant Horta, derniers quarts, dernier ciel immensément étoilé, dernier lever de lune, dernier réveil en pleine nuit…mais… nous serions presque déçus d’arriver. Alors nous tirons déjà un premier bilan, tous ensemble. Parmi les souvenirs inoubliables: les rencontres avec la faune de l’atlantique (cachalots, marlin, dauphins, physalies, oiseaux des océans, tortues), les bains dans la grande bleue avec 7 000 mètres de fond, les périodes de pétole magnifiquement calmes, le magique rayon vert, les merveilleux couchers de soleils et surtout, le temps qui s’arrête, pendant trois semaines, comme un journée qui dure 21 jours. Enorme, une journée de 21 jours.
Samedi 28 Juin
21ème jour de transat. 145 milles parcourus le jour 20 pour un total de 2 621 milles depuis le départ. Il reste 75 milles pour Horta en route directe. Vent SW puis W 0 à 5 nœuds, Cap suivi : 87°. Temps très beau. Mer peu agitée avec une houle très longue, baromètre : 1030 hp.
Gratter le pied du mât n’a jamais fait venir le vent !
Après 3 jours de vent venus nous déposer devant Horta, nous voici de nouveau scotchés dans la pétole, à 80 milles de notre point de chute. Retour du moteur, voiles affalées, dans le calme, sous le soleil. 1030 hp, l’anticyclone des Açores centré sur …les Açores.
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Un toast au vent qui refuse de venir nous rendre visite |
Un anniversaire un peu particulier
14 ans au milieu de l’Atlantique, 14 ans à quelques milles des Açores. Bon anniversaire Sébastien ! Le jeune homme que tu es maintenant s’est épanoui de manière spectaculaire pendant ce TDA. Quelle assurance, quelle agilité, quelle fiabilité et quelle justesse. Tu es bien une pièce maîtresse de notre équipage. Continue à grandir ! Chapeau fiston.
En ton honneur très probablement, quelques baleines nous offrent au loin un spectacle immense. Des sauts, des bonds hors de l’eau, se laissant retomber sur le dos. Tu le mérites bien.
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A Sébastien et ses 14 ans |
Seb en train de border le gennaker |
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Une équipe gagnante et soudée |
De Maître Yoda,
Le 28 juin 2008 2h45
Les lueurs de Horta se font de plus en plus précises. La 1ère partie de la transat retour des Bulle d’O se termine. 21 jours de mer nous auront permis de mieux nous connaître, de savoir combien de points communs nous partageons (musique, jeux, littérature). Ils m’ont accueilli avec chaleur en tant qu’équipier, j’espère repartir en tant qu’ami.
Cette longue traversée restera unique. Dans mon expérience vélique, elle laissera une trace indélébile. Que de moments inoubliables : une journée de glisse à plus de 8 nœuds de moyenne, des cachalots lascifs, des baleines sauteuses, des dauphins farouches, des couchers de soleil flamboyants, le rayon vert…
Dans quelques heures, nous allons poser pied sur terre. Il va falloir me retirer (trop) rapidement pour récupérer le vol qui me ramènera en France. Cette longue escapade va s’achever mais leur histoire continue.
Ce tour de l’Atlantique aura certainement marqué Bertrand et Catherine. Ils auront donné à Alex, Seb et Max des millions de souvenirs qui les accompagneront tout au long de leur vie et qui resteront comme autant de preuves d’amour.
Il me reste à les remercier encore, remercier tout particulièrement le capitaine pour sa gestion de stock de gasoil (je pense que les réservoirs seront proches d’être vides à l’arrivée), Catherine pour ses talents de boulangère (c’est bon ton pain grillé, le matin !), Alex pour ses leçons de bonnet de turc et sa mousse au chocolat, Seb pour les pommes de touline et ses compétences inouïes en voile, Max pour son jeu de tarot d’une grande maturité.
Maître Yoda va maintenant s’effacer et les laisser poursuivre.
A bientôt
Dimanche 29 Juin
Arrivée à Horta à 06H03. 21 jours de transat (20 jours et 17 heures très exactement). 2 711 milles parcourus.
Minuit
28 milles à parcourir et nous apercevons les premières lumières des Açores, les premières depuis trois semaines. Emotions. Je ferme les yeux, dehors, il fait bon. Encore quelques heures, il faut profiter du vent, du calme, de l’océan. L’atmosphère est extrêmement humide. Bulle d’O est couvert d’eau. La brise se lève doucement, 5 nœuds, juste assez pour dérouler le gennaker. Voila une arrivée plus digne avec notre plus belle toile.
05H30
Les îles de Faïal et Pico sont sous nos yeux, à quelques mètres. Nous les longeons. Pico face à nous avec son volcan de 2300 mètres d’altitude, Faïal sur notre bâbord et ses faibles lumières. Les odeurs nous envahissent. L’odeur de la terre, de pins et de végétation se mêlent. Tout l’équipage est sur le pont, ne voulant pas rater ce moment unique.
Nous contournons la pointe sud de l’île, un immense rocher posé sur l’eau. Le jour se lève doucement. Ça y est, nous approchons du phare signalant l’entrée du port d’Horta. Il est 06H00. Nous entrons dans le port. Nous l’avons fait. Nous sommes heureux.
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